Le monde à la renverse
Le monde à la renverse
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Le monde à la renverse

Le monde à la renverse

Argentique

A Rio de Janeiro, le Carnaval est une explosion. Mais cette incandescence joyeuse naît sur brasier d’une colère sociale que l’arrivée au pouvoir des ultra-conservateurs n’a fait qu’attiser. Alors défiler, c’est manifester. Parti au Brésil pour photographier en numérique des danseuses de samba dans ce chaudron d’extravagance, j’en suis revenu avec un film noir et blanc gorgé d’impressions urbaines, carnet de voyage que l’argentique pare d’universalité. Dans le hors-champ du Carnaval, dans l’objectif de mon Leica, non pas la fête des possibles. La fête du malgré tout.

Fêter, se souvenir d’autre monde. Quand celui-ci se sclérose puis se délite, alors oser fête plus furieuse encore. Jusqu’à renverser l’horizon, instiller le doute: et si ces créatures vêtues d’exubérance, grisées d’une fraternelle ivresse, étaient les hérauts du vrai monde ? Et si leur procession, qui peu à peu devient la nôtre, célébrait, par-delà toute détresse, ce que nous sommes vraiment ?

Derrière les masques fous, la joie grimace en noir et blanc. Le prince Crivella a offert les clés de sa cité merveilleuse au roi Momo, le temps d’une éruption. Mais le missionnaire devenu maire, grisé par la récente promotion de Bolsonaro en capitaine des incultes, reviendra juger les vivants et les morts à l’aune de son puritanisme délétère. La fête sera finie, les murs lavés, les esprits rangés, l’horizon remis d’aplomb.

Les laves de la colère pourtant sont inextinguibles; les volcans ne s’éteignent pas, ils font mine de dormir. En attendant, explosons. Brûlons de folie ardente. Ce n’est pas jouir de notre liberté, c’est la protéger.

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